La situation actuelle mondiale laisse à penser qu’il est désormais nécessaire d’avoir une stratégie globale de prévention des risques. En effet, la pandémie de COVID-19 nous a montré qu’il était essentiel de se préparer à toutes sortes de risques.

Le Bureau des Nations-Unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNDRR) a mis en place le plan Make Cities Resilient 2030 (MCR 2030). Cette agence dépendante des Nations-Unies a pour mission de réduire les risques de catastrophe pour assurer un avenir durable.

L’UNDRR a d’abord lancé une campagne de promotion de la résilience urbaine entre 2010 et 2020, au travers de dix essentiels à mettre en œuvre pour des villes plus résilientes. A la suite du succès de cette campagne de sensibilisation, l’UNDRR a lancé l’initiative MCR 2030 en janvier 2021.

A l’heure actuelle, 1 530 villes ont rejoint l’initiative MCR 2030, au travers de 76 pays et cela représente près de 484 534 223 citoyens.

MCR 2030 et Cadre de Sendai

Le plan Making Cities Resilient 2030 est en lien direct avec le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes, 2015-2030.

Le Cadre de Sendai définit quatre priorités:

  • comprendre les risques de catastrophe
  • renforcer la gouvernance des risques de catastrophe pour mieux les gérer
  • investir dans la réduction des risques de catastrophe à des fins de résilience
  • renforcer l’état de préparation aux catastrophes pour intervenir de manière efficace et pour “mieux reconstruire”

Ces quatre priorités apparaissent au travers de sept objectifs:

  • réduire la mortalité due aux catastrophes dans le monde
  • réduire le nombre de personnes touchées par des catastrophes dans le monde
  • réduire les pertes économiques directes dues aux catastrophes
  • réduire la perturbation des services de base et les dommages causés par les catastrophes aux infrastructures essentielles (santé et éducation), en renforçant leur résilience
  • augmenter le nombre de pays dotés de stratégies nationales et locales de réduction des risques de catastrophe
  • améliorer la coopération internationale avec les pays en développement en leur fournissant un appui approprié et continu
  • améliorer nettement l’accès des populations aux dispositifs d’alerte et aux informations et évaluations relatives aux risques de catastrophe
Jennifer Guralnick, Bureau régionalour l’Amérique, UNISDR

Le cadre de Sendai liste donc des objectifs à atteindre pour l’année 2030 ; et c’est dans cette mesure que le plan MCR 2030 se met en place.

En effet, un des points communs entre ces deux plans est la volonté d’augmenter le nombre de villes engagées pour la réduction des risques, qu’ils soient liés au changement climatique ou non. Et cela passe par une augmentation des partenariats dans le but d’aider les villes dans leur démarche de résilience.

Les objectifs du Plan MCR 2030

Ce plan part du constat que les villes doivent investir dans la résilience afin de préparer les services et les populations à répondre aux crises, à gérer les méga-chocs et à rebondir.

Cette initiative a pour objectif d’améliorer la résilience urbaine, notamment par le biais de la sensibilisation et du partage. En effet, les bonnes pratiques à mettre en œuvre se partagent de ville à ville, notamment au travers d’expériences, afin que chacune puisse renforcer sa résilience. Les villes qui sont plus avancées dans le processus de résilience sont mises en relation avec des villes qui débutent, afin de leur partager leur expérience dans l’initiative. En plus de cela, est apportée une expertise technique, différents niveaux de gouvernement sont liés et des partenariats sont mis en place.

Les partenaires de cette démarche sont des réseaux d’acteurs impliqués dans des démarches de résilience ou dans des démarches de développement durable. Nous y retrouvons d’autres agences des Nations-Unies puisque nous avons le Programme des Nations-Unies pour le Développement (UNDP), le Programme des Nations-Unies pour les établissements humains (UN-Habitat) ou encore le Bureau des Nations-Unies pour les Services d’Appui aux Projets (UNOPS).

Au niveau de la France, France Ville Durable fait partie des partenaires de Making Cities Resilient 2030. Son objectif en s’impliquant dans la démarche est de faire office d’intermédiaire au niveau national pour encourager les communes françaises à rejoindre l’initiative des Nations-Unies.

Gouvernance

Au niveau mondial, l’initiative MCR 2030 est pilotée grâce à des concertations entre les partenaires du projet. Mais il existe également un niveau régional et donc un Comité de Coordination Régionale pour chaque espace mondial. Nous y retrouvons l’Afrique, les Amériques et les Caraïbes, les États arabes, l’Asie-Pacifique, l’Europe et l’Asie Centrale.

Schéma de la gouvernance de l’initiative MCR 2030 (source : https://mcr2030.undrr.org/who-we-are)

Les étapes à suivre pour les villes engagées

Le Plan a pour but de soutenir les villes dans leur démarche de renforcement de la résilience et dans leur démarche de réduction des risques. Ce soutien passe par une feuille de route divisée en trois étapes ainsi qu’une mise à disposition d’outils et de connaissances.

Concernant les étapes de la feuille de route offerte par MCR 2030, nous en avons trois:

  1. L’étape A: Cities know better.

Elle se concentre essentiellement sur la compréhension de la réduction des risques et de la résilience. L’objectif se rattache alors à une prise de conscience de la part des acteurs locaux, de la nécessité de mettre en œuvre des plans de réduction des risques.

Il y a actuellement 668 villes dans cette première étape.

Ce premier objectif se base sur une information et des ressources, démontrant les actions qu’une communauté est en mesure de mettre en place pour réduire efficacement les risques climatiques et les catastrophes. Cette information correspond majoritairement aux dix points essentiels dont nous avons parlé plus haut.

  1. L’étape B: Cities plan better.

Cette étape est plus avancée et consiste alors à aligner les plans décidés au niveau local avec les plans décidés au niveau national, voire même régional. A ce stade, les villes ont généralement une stratégie pour faire face aux risques mais il manque une information vers la population ainsi que des mesures préventives, nécessaires à la résilience.

Il y a actuellement 371 villes dans cette seconde étape.

L’objectif ici est vraiment de rendre les villes indépendantes dans leur démarche de résilience en leur permettant d’améliorer leurs compétences et cela passe par des entraînements et des outils, utiles pour l’analyse rapide des risques, l’évaluation des vulnérabilités, etc.

  1. L’étape C: Cities implement better.

Elle constitue la dernière étape et se concentre alors sur les actions de résilience et de réduction des risques. Les villes sont déjà sur une diffusion de leurs bonnes pratiques, notamment parce qu’elles ont fait leurs preuves.

Il y a actuellement 491 villes dans cette troisième et dernière étape.

Ici nous sommes beaucoup plus dans une démarche de résilience structurelle, c’est-à-dire une résilience qui a pour but de permettre à la ville de s’adapter sur le long terme, afin qu’elle soit en mesure de répondre à une majorité de scénarios.

Lorsque l’on parle d’adaptation, c’est notamment une adaptation au changement climatique qui provoque aujourd’hui une augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles.

Afin de savoir dans quelle étape une ville se situe, il est nécessaire de répondre à un questionnaire succinct en ligne sur le site internet du MCR 2030. Après avoir répondu aux questions, l’autorité locale de la ville produit un document d’engagement à l’initiative MCR 2030, la ville peut alors rejoindre le projet et avoir accès aux outils et informations proposés, comme nous l’avons indiqué précédemment.

Des villes européennes intégrées dans le MCR 2030

La ville de Cannes fait figure d’exemple en ce qui concerne la résilience de son territoire. En effet, la commune a mis en place une réserve communale de sécurité civile en janvier 2021 et la Charte de gestion du risque Tsunami, signée en 2019, a encore été étendue en 2021 ; c’est d’ailleurs la seule ville côtière française qui en possède une (voir l’article “Quel est le risque de tsunami en France ?” du 12/12/2022, https://label-resilience-france-collectivites.fr/risque-de-tsunami-en-france/). De plus, la métropole a fait l’expérimentation de la plateforme PUMA-X (voir l’article “Gestion de crise et outils numériques : la plateforme PUMA-X à Cannes” du 14/10/2022, https://label-resilience-france-collectivites.fr/gestion-de-crise-et-outils-numeriques-la-plateforme-puma-x-a-cannes/) et elle est également la première à avoir, dès janvier 2016, un Plan Communal de Prévention du risque Terroriste.

En mars 2021 elle a été récompensée par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour son expertise dans la prévention et la gestion des risques majeurs.

Cannes est la première commune française et la première commune européenne à avoir intégré cette démarche de résilience internationale. La ville de Cannes partage ses bonnes pratiques mais aussi ses initiatives en faveur du climat, comme nous en avons listé des exemples précédemment.

Elle a donc son importance dans l’initiative MCR 2030 puisqu’elle peut donner des idées d’actions à mettre en œuvre aux autres communes impliquées. De la même manière, elle peut profiter des exemples apportés par d’autres villes au travers de ce grand réseau que représente l’initiative internationale.

Le 18 novembre 2021 les villes de Barcelone, de Manchester, de Helsingborg et de Milan ont été désignées comme des centres de résilience européens, dans le cadre du MCR 2030. Ces villes servent alors d’exemple mais aussi de guide pour les autres villes impliquées dans l’initiative des Nations-Unies : elles deviennent des centres de travail pour améliorer la collaboration entre les communes.

Ces villes ont été choisies car elles mènent les actions locales suivantes, inspirantes du point de vue de la résilience:

  • Manchester met en avant des actions pour lutter contre les inondations, phénomène climatique assez récurrent dans la région du Grand Manchester. Une idée notamment est de planter des arbres afin de capter les précipitations, évitant le souci de l’imperméabilité des sols urbains.
  • Milan a construit un complexe de deux immeubles avec de la végétation sur les façades dans le but de lutter contre les épisodes de fortes chaleurs, de plus en plus fréquents en raison du réchauffement climatique.
Immeubles aux façades végétales, Milan (source : https://creapills.com/stefano-boeri-foret-verticale-milan-20180409)
  • Helsingborg a quant à elle créé des cartes interactives permettant de simuler des scénarios de risques à l’échelle de la ville : inondations, élévation du niveau de la mer, pollution etc.
  • Barcelone a été choisie en raison de son rôle de leadership. Effectivement, la commune espagnole soutient d’un point de vue technique, des villes comme Bogota, Tunis ou encore Gaza City.

Léa BRUGERE LAUZE

Pour aller plus loin:

“Gestion de crise et outils numériques : la plateforme PUMA-X à Cannes”, Karla Fontaine, in blog Label Résilience France Collectivités, 14 octobre 2022.

https://label-resilience-france-collectivites.fr/gestion-de-crise-et-outils-numeriques-la-plateforme-puma-x-a-cannes/

“Quel est le risque de tsunami en France ?”, Evgueny Vassiliev, in blog Label Résilience France Collectivités, 12 décembre 2022.

https://label-resilience-france-collectivites.fr/risque-de-tsunami-en-france/

Site internet du Bureau des Nations-Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR).

https://www.ungeneva.org/fr/organizations/undrr

Sources:

“An innovative Cannes-do attitude to tackling major risks”, Benoît Agassant, in Making Cities Resilient 2030 (MCR2030), 21 janvier 2022.

https://mcr2030.undrr.org/news/innovative-cannes-do-attitude-tackling-major-risks

“Barcelone, Manchester, Helsingborg et Milan, les nouveaux “centres de résilience” nommés par l’ONU”, 25 novembre 2021.

https://www.rtbf.be/article/barcelone-manchester-helsingborg-et-milan-les-nouveaux-centres-de-resilience-nommes-par-l-onu-10881974

“Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, 2015-2030”, UNDRR.

https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Le%20Cadre%20de%20Sendai.pdf

“Le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe: Développer les agendas internationaux sur la RRC, l’ACC et les ODD avec une dimension de genre”, Jennifer Guralnick, Bureau régional pour l’Amérique, UNISDR.

http://parlamericas.org/uploads/documents/May23_UNISDR_JenniferGuralnick_FRE.pdf

“Cannes première ville de France à rejoindre le Making Cities Resilient 2030”, Benoît Agassant, in Site officiel de la ville de Cannes, 25 janvier 2022.

https://www.cannes.com/fr/index/actualites/annee-2022/janvier/cannes-premiere-ville-de-france-a-rejoindre-le-making-cities-resilient-2030.html

“France Ville Durable rejoint l’initiative “Making cities resilient 2030” (MCR 2030)”, in France Ville Durable, 12 janvier 2022.

https://francevilledurable.fr/2022/01/12/france-ville-durable-rejoint-linitiative-making-cities-resilient-mcr2030/

Site internet du Bureau des Nations-Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR).

https://www.ungeneva.org/fr/organizations/undrr