Depuis une centaine d’années, le Japon consacre la journée du 1er septembre à la prévention des risques et au rappel des gestes qui sauvent. Cette date n’est pas choisie par hasard, elle correspond à l’anniversaire du tremblement de terre de Kanto de 1923 ayant fait près de 105 000 morts et ayant dévasté la région de Tokyo. Cette date précède également la période redoutée des typhons. Cette journée de la résilience est l’opportunité de répéter les exercices d’évacuation, de vérifier les abris, d’entretenir les stocks alimentaires et d’informer sur les comportements à adopter.

Au-delà de cette journée, la culture du risque a une place particulière au Japon car le pays est exposé à de nombreux risques (séismes, éruptions volcaniques, tsunamis et typhons), l’archipel est entouré par la mer et se situe à la limite de plaques tectoniques. Ainsi une série de pratiques est mise en place pour développer la culture du risque et entretenir la mémoire des catastrophes passées.

Des acteurs nationaux et locaux impliqués

Le Japon est doté d’un Ministère d’Etat pour la gestion des risques de catastrophes depuis 2001. Ce Ministère est chargé d’établir la politique de gestion des risques au niveau national en s’appuyant sur le Conseil National de la Gestion des Risques. Le plan décidé par ces acteurs est ensuite décliné au niveau départemental puis communal.

Les médias jouent également un rôle important en diffusant des informations sur les bonnes pratiques. Les journaux de masse font place régulièrement à des unes faisant référence à des catastrophes naturelles dans le but d’entretenir les mémoires.

(source: Courrier international)

Cette culture se traduit également par l’existence de nombreux monuments commémoratifs ainsi que la conservation de vestiges, de documentations et l’aménagement de musées.

Sur le plan local, il existe également des comités volontaires qui organisent, dans certains quartiers, des activités avec la population sur la gestion des risques majeurs. Généralement, ces acteurs locaux sont formés à cette mission. Il existe également des cartes des risques ayant pour but d’indiquer les zones pouvant potentiellement subir des catastrophes naturelles. Ces cartes sont disponibles en ligne et peuvent être consultées par tous les citoyens, de manière simple et rapide.

L’éducation aux risques au Japon

L’éducation aux risques est enseignée dès le plus jeune âge au Japon et elle s’avère très efficace: lors du tsunami de Tohoku de 2011, les enfants ont été la population la mieux protégée. De plus, les programmes pédagogiques évoluent à la suite de chaque catastrophe en se basant sur les retours d’expérience et les leçons tirées.

Dans la ville de Toyota (centre du Japon), les enfants participent annuellement à des exercices afin de se préparer aux incendies et aux tremblements de terre. Les enfants doivent mémoriser les itinéraires d’évacuation et doivent être en mesure de se rendre à pied jusqu’au collège le plus proche ou jusque dans un abri d’évacuation, situé sur le toit d’un centre commercial. Ces exercices sont ensuite analysés afin d’être sans arrêt améliorés; l’évacuation est chronométrée dans le but de déterminer le meilleur itinéraire et donc de parfaire la planification.

Il en va de même dans les écoles de la ville de Tokyo. Les enfants sont en mesure de réagir correctement en cas de typhons grâce à une connaissance des endroits à risque: les rivières risquant d’entrer en crue ou les falaises glissantes en raison de la forte pluie.

Cette école va jusqu’à faire participer les parents en simulant un scénario durant lequel ils sont chargés de récupérer leurs enfants après un tremblement de terre.

Les centres de sensibilisation japonais

Dans ces centres particuliers accueillant le grand public, la population peut faire l’expérience réaliste d’une catastrophe et s’informer sur ces événements, que ce soit seul ou en famille. Le but annoncé est de faire comprendre aux citoyens que les catastrophes sont effrayantes lorsqu’elles surviennent et qu’il est important d’y être préparées. Ces centres sont nombreux à travers le Japon et sont permanents.

A Tokyo, un centre appartenant aux pompiers permet aux familles d’apprendre, par exemple, à éteindre un incendie. Ce type d’exercice permet de se rendre compte du poids d’un extincteur et met en avant la coopération au sein d’une famille. De la même manière, lors d’une simulation d’inondation, l’objectif est de comprendre à quel point il est compliqué de s’échapper d’un bâtiment ou d’une voiture en raison du poids de l’eau.

Il est possible de ressentir un tremblement de terre afin de s’y préparer et les secousses de l’exercice sont basées sur les véritables enregistrements de précédents événements.

Nous pouvons également citer l’existence de simulation de pluies torrentielles accompagnées de vents très violents, imitant un typhon; ainsi que des simulations d’incendie avec de véritables colonnes de fumée.

Il existe même un circuit mettant en scène des rues dévastées par un séisme. Ces rues doivent être traversées afin de rejoindre un abri d’évacuation. Ce dernier est d’ailleurs bien imité et présente les lits, les vivres et tout ce qu’il peut contenir.

Ce circuit permet de faire comprendre à la population qu’il y a de nombreux dangers sur le sentier d’évacuation et qu’il faut donc être très prudent.

(source: Sona Area Tokyo)

Certains centres de sensibilisation sont un peu moins “sensationnels”. Il est alors possible de jouer avec des cartes abordant les thèmes des risques et des catastrophes naturelles; de participer à un relai de seaux pour éteindre un incendie; ou encore marcher sur des coquilles d’œufs afin d’appréhender le problème du verre brisé à la suite d’une catastrophe.

Des formations existent également pour mettre en avant l’importance des 72 heures suivant une catastrophe. Selon le Bureau des Nations-Unies pour la Réduction des Risques (UNDRR), la population doit être autonome pendant 72 heures afin de laisser les services de secours gérer les victimes et les zones à sécuriser.

Les journées japonaises inspirent la Guadeloupe

Les 15 et 16 mai 2023 la Préfecture de Guadeloupe organisait les “Journées Japonaises”, journées dédiées à la prévention des risques telluriques et des tsunamis. L’objectif est de se préparer aux risques, sur le modèle japonais que nous avons présenté.

Le programme consiste en une activation des Plans Communaux de Sauvegarde (PCS) ainsi que des entraînements de terrain. La finalité de cette matinée est de mettre en pratique les modalités de jumelage entre collectivités d’outre-mer.

Pour la seconde partie, la préfecture organise une sensibilisation des élèves, à tous les niveaux et avec une simulation de séisme.

Ces journées japonaises complètent les exercices qui ont lieu tout au long de l’année. L’édition 2023 se concentre sur les risques telluriques et l’exercice de terrain repose sur un scénario “déjà-vu”: une éruption phréatique de la Grande Soufrière, dernière éruption datant de 1976.

Ces journées peuvent apparaître comme très importantes dans les territoires ultra-marins car ils subissent des risques assez différents du territoire métropolitain: glissements de terrain, séismes, cyclones, tsunamis, éruptions volcaniques, etc.

Selon le Ministère de la Transition écologique français, la culture du risque correspond à la prise de conscience du risque mais aussi aux connaissances permettant à tous d’anticiper les impacts d’un événement et d’adopter les bonnes pratiques. En France, un grand pas a été accompli pour diffuser cette culture avec la création en 2022 de la journée nationale de la résilience face aux risques naturels et technologiques. Il s’agit maintenant de mobiliser les acteurs de la prévention et d’impliquer les citoyens autour de cette journée qui reste encore assez peu connue du grand public.

Léa BRUGERE LAUZE

Pour aller plus loin:

L’éducation aux risques au Japon: se préparer aux catastrophes naturelles pour protéger les enfants”, Web Japan Ministry of Foreign Affairs of Japan.

“Première édition de la journée de la résilience en France: retour d’expériences des communes”, blog label Résilience France Collectivités, 14 novembre 2022.

Bibliographie:

Fred Courant (dir), “Mission sur la transparence, l’information et la participation de tous à la gestion des risques majeurs, technologiques ou naturels”, confiée par Barbara Pompili, ancienne Ministre de la Transition écologique, juin 2021.

“Japon. A la une de la presse: la catastrophe, deux ans après”, in Courrier International, 11 mars 2013.

“Journées japonaises – Risques telluriques et tsunamis”, AFPCNT, 2023.

Takanori Isogai, Le système de gestion des risques naturels au Japon, Ambassade du Japon, 16 juin 2010.